Aux prémices de la grève, les usagers sont-ils derrière les grévistes de la SNCF ?

3 avril 2018
La gare Matabiau, ce mardi matin, déserte, sans train.

La gare Matabiau, ce mardi matin, déserte, sans train.

Ce mardi matin, début de la grande grève des agents de la SNCF. Premier jour d’une grève perlée de 3 mois, qui s’annonce rude. L’extinction du statut du cheminot et l’ouverture à la concurrence sont les deux raisons principales de cette gronde à la SNCF. Mais que pensent les usagers de cette grève ? Les soutiennent-ils ?

Mardi matin, la Gare Matabiau de Toulouse est étonnamment vide. On entend les commerçants parler. Quelques usagers attendent scotchés sur leur téléphone. Certains ne sont même pas là pour le train, mais trainent. Personne sur les quais. Aucun train n’est prévu avant la fin d’après-midi. L’ambiance est calme, les annonces se font rares. Habituellement, à cette heure de pointe, c’est la cohue. Contrairement à d’autres gares en France, comme la Gare de Lyon à Paris, où les usagers ont envahi les voies. Ici, au stand d’information situé au fond de la gare. On vous propose du café, du thé. La SNCF a prévu un traiteur pour satisfaire la clientèle. « Le café y est meilleur que chez Paul » nous conseille Anne-Marie, derrière la grande table. Elle fait le service, avec le sourire. Les usagers viennent prendre des renseignements auprès des agents dépêchés par la SNCF. En ce début de mouvement, les clients sont plutôt d’accord avec la révolte. Corinne a 47 ans, et travaille à Saint Gaudens. Elle est dans le hall de la gare, à attendre son tour au bureau d’information. Elle prend quotidiennement le train. Aujourd’hui, elle ne travaille pas, et est venue à la pêche aux infos. Et elle est solidaire : « Ils ont raison. Ils ne doivent pas se laisser faire ». Et tant pis si elle est impactée : « Je ferais du covoiturage » explique-t-elle. Même son de cloche pour cet énergéticien de 57 ans, Lucien. Dans sa veste de costume en velours, il accoudé à la table où il est venu boire un café, il soutient les grévistes : « C’est tout à fait normal qu’ils fassent grève. On est dans un pays qui ne cesse de reculer. On a le droit de grève, on doit s’en servir. Macron croit qu’il a les pleins pouvoirs, il faut lui montrer qu’il a tort » dénonce-t-il. C’est un constat clair. Comme Lucien, Philippe, boulanger de 41 ans. Cet homme trapu est derrière « les grévistes de la SNCF et des autres secteurs. Je suis contre la privatisation à tout va, et je suis un anti-Macron ». Une gronde envers le gouvernement plutôt que contre une réforme mise en route. « C’est très français. On passe pour des feignants au vu des étrangers. On ne fait que ça, et c’est toujours contre le gouvernement » explique Sébastien, 29 ans, qui est traiteur à Toulouse.

La SNCF et son service de communication ont communiqué les chiffres de ce premier jour de grève. À Toulouse, seulement 3 TER sur 5 étaient prévus, et encore en autobus. Aucun TGV en vue, et 1 intercité sur 10 était en fonction. La société a mis en place son plan de transport, avec des numéros verts pour les usagers, une application pour suivre les évolutions en temps réel et aussi un compte twitter. Des armes pour la SNCF. C’est le début du mouvement, et en off, les langues se délient. « Aujourd’hui, il y a eu un effet d’annonce important. Tout le monde était au courant et a pu s’organiser. Mais si la grève dure 3 mois, on va être dépassé. J’ai peur pour la suite du mouvement. Ça va être une sacrée pagaille » explique ce cadre.

« Il n’y a pas d’autres moyens de se faire entendre ? »

Et certains usagers sont aussi en colère et ne comprennent pas le mouvement. C’est le cas de Virginie, jeune maman de 27 ans, accompagnée de sa fille dans sa poussette. Cette fonctionnaire est surtout énervée face au manque d’information : « Lorsqu’on leur demande pourquoi ils font grève, ils nous répondent que c’est leur droit. Ils ne nous expliquent pas. Et c’est nous qui payons » s’exclame-t-elle. Franck, 37 ans, est vendeur dans une boutique de prêt-à-porter. Énervé, ces traits sont tirés, déjà exténué par la grève : « Je ne comprends pas que le pays soit pris en otage. Il n’y a pas d’autres moyens de se faire entendre ? » s’interroge-t-il. « Et pour l’image de la SNCF, c’est encore une fois désastreux » conclu-t-il. Dans la gare, les employés de la SNCF ont, semble-t-il, décidé de ne pas s’exprimer sur la question. Sourire aux lèvres malgré tout, lorsque la question est évoquée, c’est toujours la même réponse. Seule une jeune employée a accepté de répondre, sans dévoiler son identité. Non gréviste, elle est pour la réforme : « Il faut dépoussiérer tout ça. L’État a raison de vouloir réformer le pays et donc la SNCF. Je suis jeune, et je vais y travailler toute ma vie. Mais il y a des choses qui doivent changer, qui ne sont plus d’actualité » raconte-t-elle, déterminée. Avant d’aller expliquer à ce jeune couple de Chinois, qui arrivait de l’Aéroport de Blagnac, et qui devait se rendre à Narbonne en TER, que ça ne sera pas possible. Difficile de penser qu’en Chine, une grève comme celle-ci s’entame.

Romain Arnaud

Journaliste, étudiant à l'#ISJT // Rmc Sport // Créateur de l'émission radio @occifoot

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